SOIE

TABLEAU SÉCULAIRE DE LA SOCIÉTÉ D'AGRICULTURE DE TOURS, 1761-1861

Publié par Sophie Le Berre le .

Nous trouvons un éclairage complémentaire sur la situation de la sériciculture en Touraine dans le Tableau séculaire de la Société d'Agriculture de Tours 1761-1861, écrit par M. L'Abbé C. Chevalier, secrétaire perpétuel, et imprimé à Tours en 1861.

Rapport présenté à la séance publique du 27 août 1861, page 11 et suivantes :

"Cependant, faut-il le dire, Messieurs ? Une seule branche de notre production n'a point suivi ce mouvement et semble rétrograder : je veux parler de la sériciculture. Introduite en Touraine vers l'année 1540 par la famille Babou de la Bourdaisière, négligée au XVIIe siècle, mais pleine d'éclat et de prospérité au siècle suivant, cette noble industrie est aujourd'hui bien languissante.

En 1607, Henri IV avait abandonné le domaine du Plessis-lès-Tours à un sieur Taschereau des Pictières, pour y établir une pépinière de mûriers blancs et une école de sériciculture; mais la mort du roi entrava ces projets.

En 1690, un autre Taschereau, petit-fils du précédent, obtint de nouvelles lettres-patentes de Louvois et planta dans le parc du Plessis 600 000 mûriers, que l'indifférence générale le contraignit de brûler en 1710. Ce ne fut qu'en 1722, sous l'intendance de René Hérault, et grâce à la persévérance infatigable des Taschereau, que cette industrie prit faveur auprès du public.

De 1744 à 1762, la pépinière du Plessis, contenant vingt-cinq arpents, délivra 383 253 pieds de mûriers; en 1762, elle en délivra 23 000. Le succès fut si grand, que l'État dût créer huit pépinières royales dans l'étendue de la généralité, et ces établissements ne suffisaient pas à toutes les demandes.

La production de la soie devint si abondante, que l'intendant Savalette de Magnanville fit établir à Tours, en 1750, un tirage royal des soies pour former une école d'ouvriers capables de tirer la soie suivant les méthodes du Piémont, alors les meilleures. En 1760, cet établissement reçut, de 332 cultivateurs, 11 911 livres de cocons, produisant 4 691 livres de soie; en 1766, 504 cultivateurs y portèrent 26 138 livres de cocons, produisant 2 838 livres de soie.

N'oublions pas, Messieurs, que nous devons ces admirables progrès à l'intelligence, à l'énergie, à la persévérance d'une seule famille que rien ne put rebuter pendant plusieurs générations, et inscrivons le nom de Taschereau en lettres d'or dans les fastes de notre sériciculture !

Nous sommes loin, hélas, de ces jours de prospérité. L'année dernière, notre production de soie, stimulée d'une manière exceptionnelle par le haut prix des cocons à graine, n'a guère atteint que le tiers de ces chiffres.

Heureusement, nous possédons en Touraine deux établissements qui suffisent à eux seuls pour maintenir notre réputation séricicole. La magnanerie de Chenonceau, fondée par Diane de Poitiers et par Catherine de Médicis, continuée par Marie de Luxembourg, duchesse de Mercoeur, et dirigée avec tant de zèle et d'intelligence, dans ces dernières années, par Mme la comtesse de Villeneuve, cette magnanerie est aujourd'hui entre les mains d'un sériciculteur hors ligne, qui fait progresser les méthodes d'éducation des vers, améliore les races, et poursuit jusque dans l'intérieur même de l'oeuf la dernière trace des maladies redoutables qui déciment ces espèces. Un autre ver à soie, d'un produit plus modeste, mais appelé à un grand avenir, introduit en France par notre savant collègue, M. Guérin-Menneville, a trouvé dans M. le comte de Lamote-Baracé, un éducateur plein d'initiative : le bombyx de l'ailante est désormais acclimaté en grand parmi nous, et le Coudray-Montpensier aura l'honneur d'avoir été le berceau de cette nouveau industrie, destinée à produire à bas prix une soie populaire."


Quelques éclairages :

Les lettres patentes sont, dans le domaine des actes législatifs, des textes par lesquels le roi rend public et opposable à tous un droit, un état, un statut ou un privilège.

Le mûrier blanc (Morus alba L.) ou mûrier commun, de la famille des Moracées, est originaire de Chine et fut largement cultivé pour ses feuilles, aliment exclusif du ver à soie.

L'arpent est l'unité principale de mesure de superficie agraire dans la plupart des régions de France. Il représente toujours l'aire d'un carré de 10 perches de côtés, soit 100 perches carrées. La perche ordinaire valait 20 pieds, soit environ 6,5 mètres.

La généralité de Tours est une circonscription administrative de France créée en 1542. Tours fut siège d'une des dix-sept recettes générales créées par Henri II et confiées à des trésoriers généraux (Édit donné à Blois en janvier 1551). Elle se composait de 16 élections et de 21 subdélégations (intendance), et Vouvray faisait alors partie de l'élection de Tours.

 

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